La brassine banale



Sous l'ancien régime, la communauté était représentée par un bourgmestre, élu par l'assemblée des manants et chargé de régler certaines affaires communales telles que la collecte des impôts et surtout la défense des intérêts de la communauté devant le seigneur du lieu.




Carte de Jehay Bodegnée
Arthur Bovy vers 1930


Pour faire connaître ses ordres et ses défenses, le seigneur faisait réunir tous les chefs de famille du village en des assemblées qu'on appelait plaids.
A Jehay, il y avait fréquemment des plaids sur les sujets les plus différends.
En 1595, ces plaids concernaient principalement la brasserie banale.
Les plaids généraux étaient annoncés à la messe par le curé du village ; ils étaient signalés le jour même de l'assemblée par des sonneries de cloches et des roulements de tambour. Ils se tenaient devant le château ou chez un des membres de la cour.

"19.. On défend de vendre de la bière ou autres boissons ailleurs qu'à la brassine banale ou venant d'icelle à peine de cinq florins d'or d'amende."




Dessin de Remacle Leloup, 18e siècle.


La brassine banale était une des prérogatives les plus importantes que le seigneur s'attribuait. Les manants étaient obligés d'aller brasser à cet endroit ; ils ne pouvaient aller acheter ailleurs ni revendre de la bière que le receveur de la " brassine banale " n'aurait contrôlée.
Les seigneurs de Jehay veillaient à conserver ce droit très ancien. Ils le maintiendront à travers toutes les époques quelque soit la famille seigneuriale. Le droit de banalité correspondait un peu au prestige du pigeonnier; il constituait une sorte d'impôt, un moyen de ressources sans doute, mais il marquait aussi une attitude d'autorité que les seigneurs ne laisseront jamais décliner.
En 1786, le seigneur ne réglementait plus seulement l'obligation de se servir uniquement de la brassine banale, mais aussi les modalités d'emploi.
Peut-être, en 1786, commençait-on à murmurer contre ce qu'on considérait comme un abus de pouvoir. La brassine banale étant un des symboles du pouvoir devenait automatiquement un objet de critique.
Elle était devenue à ce point symbolique d'autorité que l'exécution des châtiments corporels infligés aux condamnés avait lieu en face de cet édifice.
Fatalement, pour plus d'une raison, la population associait ce bâtiment à l'autorité du seigneur et le détestait.
Le peuple devenu libre signifiait l'abolition de la brassine banale.
Les révolutionnaires tentèrent d'incendier le château et ils saccagèrent la brassine.